Des Sud-Africains qui auraient été victimes d'une ruse pour les pousser à combattre dans la guerre en Ukraine, escortés à leur arrivée à l'aéroport de Durban, en Afrique du Sud, le 25 février. AP/ Str.
Des Sud-Africains qui auraient été victimes d’une ruse pour les pousser à combattre dans la guerre en Ukraine, escortés à leur arrivée à l’aéroport de Durban, en Afrique du Sud, le 25 février. AP/ Str.

Un nombre « alarmant » de ressortissants du Botswana sont forcés de combattre sous uniforme russe dans la guerre menée par Moscou contre l’Ukraine, a affirmé le gouvernement botswanais samedi 18 juillet. Ils ont été piégés par des stratagèmes de recrutement trompeurs, explique-t-il.

Ces derniers mois, plusieurs pays africains ont signalé que certains de leurs ressortissants avaient été dupés pour combattre au sein de l’armée russe et que nombre d’entre eux ont trouvé la mort sur le champ de bataille.

« Des rapports récents indiquent que le nombre de Botswanais entraînés par tromperie dans ce type d’arrangements augmente à un rythme alarmant », a annoncé le ministère botswanais des Relations internationales dans un communiqué. Une fois sur place, « ils sont contraints de participer à des combats actifs », a expliqué la même source. « Le ministère continue de recevoir des appels déchirants de Botswanais se trouvant déjà sur la ligne de front, décrivant les conditions périlleuses auxquelles ils sont confrontés ».

Le communiqué ne précise pas combien de Botswanais se trouvent en Russie ou en Ukraine. En décembre, le gouvernement avait indiqué qu’au moins deux jeunes Botswanais avaient peut-être été recrutés.

Une « stratégie délibérée et organisée »

Mi-février, le collectif « All Eyes on Wagner » (« Tous les yeux sur Wagner », du nom de l’ex-groupe paramilitaire russe éponyme) avait publié les noms de plus de 1 400 Africains que Moscou avait recrutés entre janvier 2023 et septembre 2025 pour combattre en Ukraine, ajoutant que plus de 300 d’entre eux étaient décédés. Les plus gros contingents venaient d’Égypte, du Cameroun et du Ghana, selon le collectif. Plusieurs pays d’Afrique australe ont également signalé le recrutement par la Russie de leurs ressortissants.

« Le phénomène de recrutement de ressortissants africains ne constitue pas un épiphénomène isolé, mais bien l’ossature d’une stratégie délibérée et organisée », décrivait le collectif, alors que Moscou doit « faire face à une pénurie d’hommes ». Les combattants africains sont recrutés via « des réseaux transnationaux qui exploitent des vulnérabilités socio-économiques persistantes » sur ce continent.

Dans certains cas, des ressortissants de pays africains engagés dans cette guerre ont fait état de manipulations faisant miroiter des formations, ou des offres d’emploi débouchant sur un enrôlement de force dans l’armée russe.

Précédents au Kenya ou au Ghana

La découverte par des centaines de familles kényanes d’une telle tromperie avait causé d’importants remous au Kenya, et provoqué une réaction forte du gouvernement. Lors d’un voyage à Moscou le 16 mars dernier, le chef de la diplomatie kényane Musalia Mudavadi a affirmé que Moscou avait accepté d’arrêter de recruter des ressortissants kényans pour combattre en Ukraine.

Le ministre ghanéen des Affaires étrangères avait de son côté annoncé en février estimer que 272 Ghanéens avaient été « attirés » dans la guerre, « dont environ 55 auraient été tués ». Les Ghanéens partis combattre dans cette guerre « sont victimes de manipulation, de désinformation » de la part « de réseaux criminels de trafiquants » qui leur promettent « un travail décent » en Russie, avait-il assuré. Le gouvernement s’était alors engager « à traquer et à démanteler tous les réseaux de recrutement illégaux opérant sur le dark web » pour enrôler des Ghanéens. « Ce n’est pas notre guerre et nous ne pouvons pas permettre que nos jeunes deviennent des boucliers humains pour d’autres », avait-t-il ajouté.

La Russie a lancé une offensive à grande échelle contre l’Ukraine le 24 février 2022 sur l’ordre du président russe Vladimir Poutine, qui espérait une capitulation rapide. Le conflit, qui a fait des dizaines voire des centaines de milliers de morts, est toujours en cours et les efforts diplomatiques au point mort.

Source: TV5 Monde