Et Antaser-Afrique d’envoyer ses rayons « laser »
C’est un flou total qui a caractérisé l’attribution du marché de suivi de cargaison à la société Antaser-Afrique. En effet, c’est par un arrêté ministériel, qu’on annonce l’arrivée de Antaser-Afrique après des arrangements derrière les rideaux comme si les affaires publiques sont des dossiers de secte. Informé de l’extérieur, les partenaires togolais de ANTASER sont allés à la recherche de l’arrêté.

Finalement le ministre de l’économie, des Finances et de la Planification du Développement, à l’époque Adji Otèth Ayassor, a jugé bon d’informer les acteurs de la navigation maritime, à travers une cérémonie de lancement.
«Tout en n’ayant pas d’objection sur cette décision gouvernementale de changement d’Agent, nous souhaitons néanmoins avoir des informations complémentaires nous permettant d’instruire nos principaux partenaires, vu le caractère pénal que revêt cette décision pour les armateurs », s’écriait Auguste Dogbo, président de l’Association professionnelle des compagnies de navigation et de consignation de navire au Togo.
« Si nous avons pris bonne note que la convention avec la société Antaser-Afrique est signée le 20 mai 2015 et que le démarrage des activités de cette société est prévu pour le 1er août 2015, nous souhaitons avoir un délai de 03 mois pour nous permettre une large diffusion de l’information, et ainsi aller à une meilleure application de l’arrêté », va-t-il poursuivre dans la même veine.
Il faut rappeler que, dans la logistique internationale, les marchandises sortant ou entrant sont suivies par des bordereaux. L’émission de ces bordereaux est soumise au payement de taxes qui, annuellement, rapportent des milliards à la structure en charge de la gestion desdites taxes. Jusqu’à l’arrivée d’ANTASER, cette taxe était gérée par le Conseil National des Chargeurs du Togo (CNCT).
Le Togo a adopté le BESC, Bordereau Électronique de Suivi des Cargaison. Il sera exigé pour toute marchandise en provenance ou à destination du Togo.
Ce dispositif permettra au Conseil national des chargeurs de tracer tous les trafics de marchandises à l’import ou à l’export.
Le BESC est un instrument dont l’une des finalités est de maîtriser de manière absolue le flux des marchandises arrivant ou sortant. La gestion de ces Bordereaux électroniques de suivi des cargaisons a été confiée à Antaser-Afrique dont le siège est à Anvers en Belgique, un des pays de provenance du carburant frelaté trafiqué dans les eaux profondes du Togo. Avant, l’importateur paie en Europe et quand la marchandise arrive ici il présente le reçu de paiement de l’autre côté et le travail se poursuit. Maintenant, même s’il paie au lieu de l’importation, il doit encore payer ici. Or d’après les informations rassemblées, le fait de payer au lieu de départ des produits aide la douane dans son travail.
Les limites de ces structures, introduites à l’emporte-pièce pour se partager les activités d’import-export au Togo, sont nombreuses. D’abord ce sont des bureaux disséminés dans la capitale et les déclarants en douane doivent courir ici et là pour les formalités. Les autorités actuelles semblent signer des contrats d’exploitation avant de réfléchir aux conséquences possibles.
Quand le fameux système de scanner est venu par exemple, Eyadema était encore en vie. Dans les négociations pour installer ce système, un conteneur a été scanné et les clichés religieusement présentés au feu président alors qu’il était en entretien avec son conseillé de tous les jours, Barry Moussa Barqué. Il regarde les films à lui présenté et ne voit qu’un plastique noir, il tourne, il ne voit rien. Il remet le film à son conseiller, « regardes si tu vois quelque chose ». Barqué scrute le papier plastique et dit aussi qu’il n’a rien vu. « Pourquoi, tous est noir, comment vous arrivez à distinguer les objets suspects s’il y en existe », a apostrophé Eyadema. Il remet le coli avec cette remarque, « en attendant que les films soient clairs, la société ne s’installe pas ». C’est ainsi qu’on a jamais parlé de scanner au port au temps d’Eyadema. Mais à peine il est mort, toutes ces sociétés sont accueillies à bras ouverts.
On nous dira que SEGUCE, Antaser, COTEC et autres scanner ne sont pas des spécifiés togolaises, oui. On peut même venter les résultats de ces structures dans certains pays, d’accord. Mais quelle est le bilan au Togo ? Jusqu’à quel point l’autorité a pu adapter ces structures à nos réalités. Est-il trop tôt de s’inquiéter quand ces instruments qui ont promis relancer l’économie assistent à la plongée des recettes des différentes régies financières ? Pour se limiter au seul cas de la douane, ce n’est pas à nous de vous dire qu’avant l’OTR, malgré le désordre qui s’y était installé, la douane versait 40 à 45 milliards CFA le mois. A l’époque, les impôts de dame Ingrid Awadé, ne versaient qu’une portion congrue. Nous le disions plus haut, les Togolais n’étant pas sensibilisés sur la nécessité de payer les impôts et le peu qui rentraient servant à financer les activités politiques du régime RPT-UNIR puis les comptes de la race qui avait fait un bail sur les impôts.
Aujourd’hui, il arrive des périodes où l’on est déjà au 20-25 du mois alors que les recettes douanières glanent avec 8 milliards sur les 22 milliards mensuels attendus. Depuis que l’Office Togolais des Recettes est installé, les impôts assurent une partie des recettes, un taux qui devrait en toute logique être un peu moins grand que le taux fixé à la douane, et la douane assure une autre partie.
Actuellement, le commissariat des impôts doit mettre les bouchés doubles pour sensibiliser les Togolais sur l’obligation de payer les impôts, la douane a, au même moment, des difficultés pour cause d’opérateurs économiques qui se font désirer. Il est donc évident que le chantier est vaste devant le Rwandais unilingue anglophone Henry Gaperi et ses hommes. De nos jours, parfois les recettes mensuelles à la douane s’arrêtent à 12 milliards CFA, de sources bien introduites. Malgré sa gestion villageoise des biens du pays, au Temps d’Eyadema, c’est grâce aux recettes douanières que le pays a résisté à la coupure des relations économiques avec les partenaires en développement.
A un moment donné, tout récemment même sous Faure Gnassingbé, nous vous avions publier des dossiers faisant état de ce que, certains mois, quand la douane a des difficultés pour combler les recettes, elle fait appel à certains grands importateurs, qui préfinancent les recettes. Une fois leurs marchandises arrivées, ils n’ont plus rien à payer. Nous vous disions à l’époque que certains importateurs de motos chinois étaient utilisés pour ces opérations. Aujourd’hui, il n y a même pas de grands importateurs pour faire ces gymnastiques. Les opérateurs économiques ne veulent plus faire les frais des dysfonctionnements, des lourdeurs administratives et autres faux frais. Ils vident le port malgré les investissements pour rendre celui-ci compétitif. Les importateurs paient 50.000 FCFA par conteneur au niveau du scanner, mais Dieu seul sait comment ça fonctionne, même une poupée est signalée, il faut vider le conteneur pour voir de quoi il est question.
Un adage d’un intellectuel togolais stipule que « quand tu as chaud chez toi, tu ouvres une fenêtre à ta maison, mais quand tu as chaud chez un ami, tu ne peux que sortir au dehors pour chercher de l’air ». Ainsi, beaucoup d’opérateurs, à défaut de retourner au bercail faute d’atouts maritimes, se sont dirigés chez les amis où il fait moins chaud. Malgré le port en eaux profondes, les activités ont pris du plomb dans l’aile, les opérateurs économiques ne veulent pas se faire noyer dans les eaux profondes togolaises.
Une réforme est née, l’OTR, elle a assaini les milieux corrompus de la douane et des impôts, mais elle s’est installée avec des partenaires invités de gauche à droite par des parrains plus intéressés par ce qu’ils gagnent que par ce que le pays gagne. Partout ailleurs, quand on privatise un secteur d’activité, c’est pour rentabiliser, mais au Togo c’est le contraire, on privatise pour permettre aux individus de vivre des commissions et autres actionnariat sans se soucier de ce que le public gagne.
Entre autres exemples, le Togo dispose des cuves d’entreposage des produits pétroliers. Les structures qui les gèrent sont connues sous les noms de la STSL, pour l’entreposage sous régional et la STE pour l’entreposage de la consommation nationale. Il y a quelques années, la gestion de ces structures étaient assurée par un comité interministériel. Les bénéfices annuels allaient déjà au-delà de 1,5 milliards de CFA au trésor public quand la gestion est devenue une gestion à économie mixte. Mais que récolte l’Etat, si ce n’est un chiffre annuel largement en deçà des chiffres de la gestion interministérielle. La vie continue et ceci n’est qu’une parenthèse.
Quand une privatisation est en négociation, ce qui revient dans la démarche des négociateurs togolais est « qu’est-ce que moi je gagne ? ». Cette question a fait avorter beaucoup de démarches qui pourtant pouvaient être utiles au pays. Nous citons juste entre autres l’échec de la négociation du rachat de la raffinerie du pétrole par UNIGLOBAL, alors que les experts de ce géant sont déjà avancé dans les travaux techniques. UNIGLOBAL est une société nigériane basée à Freetown. La raffinerie du pétrole au Togo est un éléphant blanc installée à 11 milliards de FCFA par le Togo. Elle ne fonctionnera à plein temps que pour 3 ans.
Pour revenir aux fameuses sociétés installées, soit dit, pour le bon fonctionnement du port, peu importe si leur présence est un frein au bon fonctionnement des activités portuaires, peu importe si elles ne sont là que pour expatrier les bénéfices sans se soucier de ce que l’économie gagne de leur prestation, l’autorité fait la sourde oreille et les mesures impopulaires, sans associations des acteurs de terrains, vident les quais.
De sources renseignées, c’est sur un compte personnel d’un des DG des structures ci-dessus indexées que se verse l’argent de la structure qu’il gère. Nous ne voudrions pas savoir combien l’Etat gagne de toutes ces structures, la seule certitude qui inquiète est que leur présence fait plus de mal que du bien en renvoyant les partenaires qui ne cessent de les récriminer pour justifier leur départ. Ces messieurs ne sont pas des humanitaires, ils sont venus en affaires, ce qui est normal. Ils gagnent du Togo, mais qu’est-ce que le Togo gagne d’eux ? S’ils ne gagnaient pas, ils auraient déjà résilié les contrats. Ce n’est pas assez d’arriver dans un pays où il y a des opportunités d’affaires, de se trouver des parrains qui prennent tantôt des actions sous couverts des prête-noms tantôt des rétro-commissions, de s’y installer pour remplir des contrats qui plombent l’économie. Il faut bien évaluer le partenariat avec tout ce beau monde qui empoisonne l’environnement portuaire pour voir qui fait quoi, et qui fait gagner quoi au pays.
L’OTR, en imputant des redressements fiscaux de gauche à droite est dans son rôle car tout citoyen doit payer les impôts, et s’il en existe qui contournent, il faut les discipliner. Toutefois, l’office doit aussi voir si ses partenaires lui facilitent la tâche, qu’est ce qui fait fuir les importateurs. Si l’on doit continuer au rythme actuel, un jour viendra où il n’aura pas de sociétés à redresser, car mêmes les établissements locales auraient quittés pour trouver terre d’accueil sous d’autres cieux. On aurait ainsi admis l’Ange en enfer pendant que Satan trône au paradis.
A suivre.
Source : Abi-Alfa, Le Rendez-Vous N° 288 du jeudi 24 Novembre 2016























