Yemane Teferi aurait pu être un réfugié érythréen « normal », quittant son pays pour fuir la dictature et le service militaire obligatoire et à durée indéterminée qu’elle impose. Mais ce dernier était pris dans dans un « vide juridique » selon le Washington Post, qui vient de republier un article datant d’octobre 2015, mis à jour en raison de la mort de Yemane Teferi au début du mois de janvier 2016; mort de cause inconnue, annoncée dans le journal norvégien VG

Yemane-Teferi, passe 25 ans en asile dont 17 ans en Norvège, la totalité dans un centre de réfugies à cause d'un vide juridique dans le système des demandeurs d'asile de ce pays scandinave. Il y est mort d'une cause inconnue au début de cette année 2016 | Photo : Antirasistisk Senter, Norway
Yemane-Teferi, passe 25 ans en asile dont 17 ans en Norvège, la totalité dans un centre de réfugies à cause d’un vide juridique dans le système des demandeurs d’asile de ce pays scandinave. Il y est mort d’une cause inconnue au début de cette année 2016 | Photo : Antirasistisk Senter, Norway

La raison pour laquelle l’Érythréen était bloqué dans ces «limbes» est due à une fausse identité qu’il a utilisée lors de sa demande d’asile, comme l’expliquait à l’automne dernier Ellen Kveine Evensen, de la Commission d’appel des étrangers, au quotidien américain:

«Le problème central dans l’affaire Teferi est qu’il a originellement donné deux explications différentes sur son asile en Suède et en Norvège. Il a également vécu sous deux identités différentes. Malgré de nombreuses demandes de réexamen de son cas, la Commission d’appel des étrangers croit toujours qu’il n’a pas droit à une protection.»

Yemane Teferi est arrivé en Suède il y a vingt-cinq ans, mais en a passé dix-sept en Norvège en tant que demandeur d’asile.  Il vivait dans la ville Bømlo Sunnhordland à l’Ouest du pays où il passait son temps au centre de réfugiés.

« Il aura enfin, pour la première fois, une parcelle de terre norvégienne où il pourra séjourner légalement », a commenté un militant norvégien.

Le fait que Yemane Teferi utilise deux identités différentes aurait dû conduire à son renvoi dans son pays d’origine, mais la Norvège n’ayant pas d’accord d’extradition avec l’Érythrée, son cas « a été mis en attente », note le Washington Post. Le quotidien américain juge d’ailleurs que « son cas tragique illustre le monde compliqué de l’asile et le sort des réfugiés comme lui, qui n’ont nulle part où aller».

Yemane Teferi | Photos : WP et VG
Yemane Teferi | Photos : WP et VG

« Ici, ils m’ont fait mendier pendant 25 ans »

Les partisans de Yemane Teferi dans cette situation « ne contestent pas qu’il avait tort » de donner aux autorités une fausse identité. Mais dans un pays où les plus graves criminels sont « rarement condamnés » à plus de vingt et une années en prison, ces derniers estiment qu’il était « injuste » de le condamner « à vie » pour cette erreur. « En Erythrée, nous avons un dicton, a confié Yemane Teferi dans un documentaire qui lui était consacré, disponible sur Vimeo. “Ne soyez pas un mendiant avec vos mains seulement”. Cela veut dire que vous devez tout utiliser pour survivre. Mais ici, ils m’ont fait mendier pendant 25 ans.»

Il a vécu jusqu’à sa mort dans un centre d’accueil de réfugiés d’une petite ville norvégienne. Il est mort après s’être plaint de douleurs à la poitrine, a indiqué le média norvégien VG. Berglund Steen, le directeur du Centre anti-racisme de Norvège, conclut l’histoire ainsi:

«Si [Teferi] est mort comme ça, il aura enfin –pour la première fois– une parcelle de terre norvégienne où il pourra séjourner légalement.»

Source : [14/10/2015, 12/01/2016 ] Washington Post + Slate + VG; Vidéo : Viméo