
(Khartoum) Le Soudan va remettre à la Cour pénale internationale (CPI) trois anciens dirigeants parmi lesquels l’autocrate déchu Omar el-Béchir, recherchés notamment pour « génocide » et crimes contre l’humanité lors du conflit au Darfour, a indiqué mercredi la ministre des Affaires étrangères.
« Le Conseil des ministres a décidé de remettre les personnes recherchées à la Cour pénale internationale », a déclaré la ministre Mariam al-Mahdi, selon l’agence officielle Suna, lors d’une rencontre avec le nouveau procureur général du tribunal basé à La Haye, Karim Khan, en visite à Khartoum pour une semaine.
Le conflit au Darfour, région de l’ouest du pays, a opposé à partir de 2003 le régime à majorité arabe de M. Béchir et des rebelles issus de minorités ethniques s’estimant marginalisées. Il a fait environ 300 000 morts et près de 2,5 millions de déplacés, en majorité durant les premières années de violences, d’après les Nations unies.
Omar el-Béchir a été renversé en avril 2019, après des mois d’un mouvement populaire inédit.
En février 2020, le pouvoir de transition mis en place après sa chute avait pris l’engagement verbal de favoriser sa comparution d’Omar el-Béchir devant la CPI, qui a émis il y a plus de dix ans des mandats d’arrêt contre lui et d’autres figures de l’ancien régime, pour « crimes contre l’humanité » et « génocide » au Darfour.
Les deux autres pontes du régime qui seront remis à la CPI sont l’ex-gouverneur de l’État du Kordofan-Sud, Ahmed Haroun, et l’ancien ministre de la Défense, Abdel Rahim Mohamed Hussein, recherchés pour les mêmes motifs. Arrêtés après la chute de Béchir, ils sont actuellement détenus au Soudan.
Un accord de paix historique signé en octobre 2020 entre le gouvernement de transition et plusieurs groupes rebelles insistait sur la nécessité d’une « coopération complète et illimitée » avec la CPI.
Le cabinet ministériel soudanais a voté la semaine dernière en faveur de la ratification du Statut de Rome de CPI.
La ministre soudanaise a souligné mercredi « l’importance » de la coopération de son pays avec la CPI « pour obtenir justice pour les victimes de la guerre du Darfour ».
Déjà reconnu coupable de corruption en décembre 2019, l’ex-président est actuellement détenu à la prison de Kober, à Khartoum.
Il est aussi jugé par la justice soudanaise pour son rôle dans le coup d’État qui l’a porté au pouvoir en 1989 mais son procès a été à plusieurs reprises reporté depuis juillet 2020, les avocats de l’accusé avançant des arguments procéduraux.
Voici les grandes dates du président soudanais déchu Omar el-Béchir, que Khartoum va remettre à la Cour pénale internationale (CPI) qui le recherche depuis plus d’une décennie pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre lors du conflit au Darfour.
1er janvier 1944 : Naissance dans une famille rurale à Hosh Bannaga, au nord de Khartoum.
1973 : Militaire de carrière, participe à la guerre israélo-arabe.
30 juin 1989.
Il prend le pouvoir à la faveur d’un coup d’État soutenu par les islamistes contre le gouvernement démocratiquement élu de Sadek al-Mahdi.
2003 : Il lance ses troupes contre une rébellion au Darfour (ouest). Le conflit fait plus de 300 000 morts, notamment durant les premières années, selon l’ONU.
2005 : Il signe un accord de paix avec la rébellion sudiste après plus de 21 ans de guerre civile.
2009 : Il est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » au Darfour, puis en 2010 pour « génocide ».
2010 : Il est élu président lors des premières élections multipartites, boycottées par l’opposition. Réélu en 2015.
2011 : Le Soudan du Sud proclame son indépendance. Khartoum perd les trois quarts de ses réserves pétrolières.
2013 : Manifestations sans précédent contre la hausse du prix du carburant.
11 avril 2019 : Après quatre mois d’un mouvement de contestation populaire sévèrement réprimé, Omar el-Béchir est destitué par l’armée et incarcéré.
Décembre 2019 : Il est condamné à deux ans de prison pour corruption. Le Soudan ouvre une enquête contre lui pour crimes au Darfour.
21 juillet 2020 : Ouverture du procès pour son rôle dans le coup d’État de 1989, plusieurs fois reporté.
11 août 2021 : Le Soudan annonce qu’il va remettre Omar el-Béchir à la CPI.
Source : AFP























