
A l’intérieur du pays, rien ne marche. Mais les chiffres affluent et démontrent le contraire. Comment ces chiffres trompe-l’œil sont-ils générés? Selon les résultats préliminaires de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine (IIAG) 2026, publiés le 8 juillet par la Fondation Mo Ibrahim, le pays figure parmi les cinq États africains ayant le plus amélioré leurs performances en matière de lutte contre la corruption entre 2016 et 2025.
Pour les tenants du régime, ceci confirme la progression de ses mécanismes de gouvernance. Cette évaluation place le Togo au 17I” rang sur le continent et figure parmi les pays ayant enregistré les avancées les plus marquées au cours de la dernière décennie. Seuls les Seychelles, l’Angola, le Tchad et la Somalie affichent une progression comparable selon les données de la Fondation Mo Ibrahim.
Faut-il en rire ou en pleurer ?
Le Prix Mo Ibrahim apparait crédible de par sa rigueur. En ce sens, beaucoup peuvent se demander comment le Togo peut-il se retrouver là lorsque la liste des scandales et crimes économiques jamais demeure longue comme le bras.
Plusieurs chantiers sont à l’abandon dans le pays. C’est la course effrénée à la corruption qui a fait échouer le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain au Togo (PASH-MUT), censé accroître l’accès à l’approvisionnement en eau potable et à l’assainissement dans le Grand Lomé.
Au lendemain d’une mission de revue à mi-parcours du projet, la Banque mondiale, partenaire financier du projet, déplore notamment des interférences de la hiérarchie dans le processus de passation des marchés ainsi qu’une instabilité institutionnelle de l’unité de gestion du projet. Pendant ce temps, des milliers de familles continuent de manquer d’eau potable. Dans les détails, la Banque Mondiale pointe du doigt:
– des interférences dans les procédures de passation des marchés ;
– des délais d’approbation particulièrement longs ;
– des annulations répétées d’appels d’offres ;
– des plaintes de soumissionnaires ;
– une instabilité institutionnelle ;
– des licenciements abusifs pour finalement mettre fin à ce projet de plus de 57 milliards FCFA.
Pendant ce temps des Togolais continuent de boire l’eau des rivières avec les animaux. Les mécanismes de lutte contre la corruption dont HAPLUCIA se contentent juste d’inaugurer les chrysanthèmes. Sans doute c’est l’apparence des soi-disant réformes destinées à moderniser l’administration, renforcer les procédures de contrôle, accélérer la dématérialisation des services publics et améliorer le cadre réglementaire qui font croire qu’il se passe quelque chose de tangible au pays. On rebat aussi les oreilles sur des actions en faveur de la prévention des infractions économiques et financières, les mesures destinées à consolider le climat des affaires, les réformes engagées dans les domaines de la gouvernance économique, des finances publiques, des marchés publics et de la digitalisation. Mais à la fin, rien de concret. Les scandales sautent aux yeux et le Togo continue de s’enfoncer. Malheureusement.
Kokou Agbemebio
Source: LeCorrecteur.tg






















