Le bolivar nouveau est arrivé au Venezuela ! La nouvelle monnaie appelée « bolivar souverain », qui a cinq zéros en moins, commence à circuler. Certains distributeurs sont approvisionnés, et les Vénézuéliens qui ont encore les moyens de sortir des billets découvrent.

Lundi, jour férié décrété par le chef de l’État, les rues de la capitale étaient désertes, la plupart des commerces et des administrations fermés et les transports en commun à l’arrêt, a constaté l’AFP. Ces derniers jours, les Vénézuéliens ont été pris d’une frénésie d’achats et ont formé de longues files d’attente devant les stations-service dans l’attente de ce changement.

Devant certains distributeurs, les Vénézuéliens découvraient la nouvelle monnaie, le bolivar souverain.

« On est tous dans la même situation. On attend de voir ce qui va se passer », a déclaré Maria Sanchez, une commerçante de 39 ans qui venait d’effectuer un retrait.

Le dirigeant socialiste assure que les nouveaux billets, dont la plus grosse coupure sera de 500 bolivars [50 millions de bolivars actuels, soit environ 7 $ sur le marché noir, la référence de facto] sera le point de départ d’un « grand changement ».

Le président vénézuélien Nicolas Maduro | Photo : Reuters

Le déficit s’élève à 20 % du PIB et la dette externe à 150 milliards de dollars, alors que les réserves ne sont que de 9 milliards. « Si vous maintenez le déficit et l’émission désordonnée d’argent [pour tenter d’y faire face], la crise va continuer de s’approfondir », soutient l’économiste Jean Paul Leidenz.

Les nouveaux billets arrivent 20 mois à peine après l’introduction progressive par le gouvernement de coupures de plus en plus grosses, de 500, 20 000 puis 100 000 bolivars.

Des mesures contestées

Mais les analystes et les économistes ne jugent pas viable le programme du gouvernement – qu’ils qualifient même de « surréaliste » – qui prévoit aussi une hausse du salaire minimum de plus de 3300 % [celui-ci étant multiplié par 34], l’assouplissement du rigide contrôle des changes ainsi qu’un nouveau système pour le prix de l’essence.

Une conférence de presse du syndicat patronal Fedecamaras était prévue en milieu de journée. Mais déjà trois des principaux partis d’opposition ont appelé à une grève de 24 h mardi contre « des mesures désordonnées et irrationnelles, contradictoires et non viables, qui ne feront qu’accroître le chaos et la crise économique que subit le Venezuela ».

« C’est un premier pas », a affirmé dimanche l’ex-syndicaliste Andrés Velasquez, dont la formation Causa R participe au mouvement. L’objectif, a-t-il assuré, est d’articuler « les protestations sociales », alors que des manifestations isolées contre les pénuries ou la faillite des services publics se multiplient.

« C’est un truc de dingue », estime Henkel Garcia, directeur du cabinet Econometrica, alors qu’une hyperinflation attendue à 1 000 000 % fin 2018 sévit au Venezuela.

Encore de vieux billets de bolivar à écouler

Les plus modestes des Vénézuéliens  – et Dieu sait s’il y en a – doivent avant tout écouler leurs vieux billets en espèces afin d’acheter les produits de première nécessité. Pour mieux se rendre compte du poids qu’ils doivent encore transporter pour payer, un photographe de l’agence de presse Reuters, Carlos Garcia Rawlins, s’est « amusé » à comparer sur un même cliché quelques-uns de ces produits avec la somme nécessaire pour se les procurer.

Voyez, c’est totalement surréaliste !

Il faut 14,6 millions de bolivars (ancienne monnaie) pour acheter un poulet d’environ 2 kilos

La quantité de bolivar pour acheter 2 kg de poulet | Photo : Reuters

5 millions de bolivars pour 1 kilo de tomates :

La quantité de bolivar pour acheter 1 kg de tomate | Photo : Reuters

3 millions de bolivars pour 1 kilo de carottes :

La quantité de bolivar pour acheter 1 kg de carottes | Photo : Reuters

2,5 millions de bolivars pour 1 kilo de riz :

La quantité de bolivar pour acheter 1 kg de riz | Photo : Reuters

2,6 millions de bolivars pour un rouleau de papier hygiénique :

La quantité de bolivar pour acheter d’un rouleau de papier hygiénique | Photo : Reuters

Dans le pays dirigé par le très controversé Nicolas Maduro, qui tirait sa richesse essentielle des plus grandes réserves de pétrole du monde, l’horizon économique est désormais bien bouché. La production d’or noir a été divisée par deux en dix ans, le déficit s’élève à 20% du PIB et la dette externe atteint 150 milliards de dollars.

L’or noir comme moteur économique

Dans ce pays autrefois très riche, qui détient les plus grandes réserves pétrolières de la planète, le panorama économique s’est considérablement assombri. La production d’or noir, qui rapporte 96 % des revenus de l’État, a été divisée par deux en 10 ans, passant de 3,2 millions de barils par jour (mbj) en 2008 à 1,4 mbj en juillet.

La crise s’aggrave

Dix ans auparavant, en 2008, l’État vénézuélien avait déjà éliminé trois zéros en lançant le « bolivar fort ». Cette fois-ci, il s’agit du « bolivar souverain ». Ce lancement coïncide avec de graves tensions migratoires dans la région : les Nations unies estiment que 2,3 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays à cause de la crise.

Des migrants vénézuéliens sont couchées par terre sur des matelas de fortune devant une entreprise de taxi au poste frontalier de Pacaraima, le 8 août | Photo : Reuters

Le Brésil va envoyer des troupes à sa frontière avec le Venezuela après que des habitants de la ville limitrophe de Pacaraima ont brûlé les camps de fortune de migrants vénézuéliens.

À l’origine des tensions : le vol et l’agression samedi d’un commerçant de Pacaraima attribués à des Vénézuéliens. Caracas a appelé le Brésil à « assurer la sécurité des ressortissants et de leurs biens ».

En Équateur, des migrants vénézuéliens sont bloqués à la frontière, où on leur demande désormais un passeport, que la plupart n’ont pas, au lieu d’une simple carte d’identité.

Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) Luis Almagro a demandé sur Twitter aux pays de la région de « maintenir les portes ouvertes au peuple du Venezuela, victime de la pire crise humanitaire que le continent ait connue ».

Source : EuroNews + AFP + Reuters + 27avril.com