Les babouins ont de loin entendu le bruit de notre engin et vite fait de descendre des termitières pour se mettre à l’abri dans les arbres. Mais leurs cris trahiront leurs positions. « Regardez, les voilà », nous indique notre guide. Quelques prises de vue et nous poursuivons notre visite. Quelques kilomètres plus loin, trois gazelles femelles (cobe) détalent devant nous avant de s’arrêter quelques centaines de mètres plus loin, poser quelques minutes pour les photos (sic) avant de s’engouffrer dans la brousse. Nous sommes à quelques kilomètres au Nord du village Fazao, dans le plus grand parc du Togo : Parc National Fazao-Malfakassa (PNFM). Le seul endroit du pays où on peut encore espérer retrouver une biodiversité dit « native », c’est-à-dire naturelle avec des espaces peu modifiés.

Parc National de Fazao-Malfakassa Togo | Carte Archives : 27avril.com
Parc National de Fazao-Malfakassa Togo | Carte Archives : 27avril.com

Les babouins et les cobes de buffon sont justement, selon les informations, les deux espèces phares du site. Mais on y compte aussi éléphants, buffles, lions, panthères, hyènes, chacals, renards, phacochères, antilopes, porc-épic à crête, grands aulacodes (appelés agoutis en Afrique de l’Ouest), pangolins géants, plus de 200 espèces d’oiseaux, etc. Et les découvertes continuent.

Visiblement, nul ne dispose à ce jour d’un répertoire exhaustif des espèces animales vivant dans le parc. Même l’inventaire faunique et floristique de juin 2013, réalisée par la Fondation Franz Weber (FFW) qui a géré le parc pendant un quart de siècle, ne semble pas être exhaustif.

« Officiellement on dit qu’il n’y a plus de lion au Togo (en dehors de ceux du parc privé du président de la République à Pya), mais dans le cadre d’un projet d’inventaire du patrimoine forestier, des équipes de la GIZ ont rencontré en janvier dernier seulement simultanément quatre (04) troupeaux de lions, ce qui fait un nombre d’environ une quinzaine de têtes », nous indique l’actuel patron des 192.000 hectares sur lesquels s’étend le parc.

Nommé « conservateur » en juin 2015, le Lieutenant Komi Gbémou a pris le contrôle total du patrimoine, à partir de janvier 2016, après le départ, fin décembre, de la fondation suisse Franz Weber qui s’était vu confier précédemment la gestion des lieux, entre 1990 et 2015. « Les données que nous avons actuellement ne sont pas conformes à ce qu’il y a effectivement dans le parc », indique M. Gbémou, que nous avons rencontré jeudi 18 février dans son bureau à Sokodé. Il se méfie des résultats des inventaires de la fondation, jugeant la moisson en deçà de la réalité et mettant en cause la démarche méthodologique des équipes de la fondation Franz Weber. En réalité le relief très accidenté d’une bonne partie de l’aire rend pratiquement impossible toute visite.

La Fondation se félicite quand même de la richesse faunique du parc, quand elle le laissait. « On peut tout de même dire que l’état des populations (Ndlr, d’animaux) était dans une dynamique très positive lors de ces dernières années, du fait que le braconnage était quasi réduit à néant, et que les intrusions illégales dans le parc étaient assez rares. Les populations des différentes espèces étaient donc moins sujettes au stress et il y avait moins de morts directes liées aux activités de braconnage. Ces facteurs ainsi que l’augmentation de la fréquence des observations de certaines espèces laissent à penser que l’effectif de certaines populations était en augmentation », nous confie Sourakatou Ouro-Bangna, ancien directeur du parc pour le compte de la Franz Weber, dans une interview exclusive mercredi 17 février dernier, depuis la Suisse. « En ce qui concerne la flore du parc, celle-ci est relativement intacte et les différents écosystèmes sont encore très préservés », nous apprend-on.

Le nouveau patron est fier de l’« héritage » et vend bien son parc. « Si vous visitez les autres aires protégées du Togo, vous saurez que c’est ici seul qu’il y a un espoir. Moi je peux affiner qu’il n’y a qu’un seul parc au Togo : Fazao-Malfakassa », nous confie le Lieutenant Gbémou, estimant que « si on aménage vraiment l’intérieur du parc et qu’on y promeut l’éco-tourisme, ce parc peut générer des ressources constituant jusqu’à 50% du PIB du Togo ». Peut-être un peu trop optimiste, mais on voit bien que le forestier parie sur les énormes potentialités économiques du dernier parc togolais.

Vidéo : OceanPaddeler / YT

Après 25 ans de gestion du parc, la Fondation Franz Weber quitte définitivement le Togo fin décembre 2015. Théoriquement, sa convention a pris fin le 25 mai 2015. Mais une difficile transition a pu permettre aux Suisses de continuer par gérer le parc jusqu’en décembre 2015. En effet, depuis juin, l’Etat togolais a affecté Komi Gbémou comme nouveau directeur des lieux. Il connaît la Fondation suisse et ses responsables pour avoir collaboré avec eux quelques mois auparavant, comme un « détaché » du ministère de l’Environnement, avant d’être affecté sur Lomé et de retourner en juin dernier pour leur succéder comme nouveau « conservateur ».

Les témoignages recueillis de part et d’autres montrent clairement que les six mois de cohabitation ont été simplement une confusion totale en matière de gestion des attributions et prérogatives de chacun; ce qui a naturellement rendu favorable la recrudescence des activités illégales dans le parc. Les délinquants ont visiblement senti le « filon » et profité de la confusion pour s’adonner à des activités illégales. Plusieurs dizaines de tonnes et de conteneurs de bois ont été produits dans et autour du parc.