Des pressions qui ne datent pas d’aujourd’hui

S’il paraît évident que le départ de la Fondation et la transition mal gérée a donné lieu à une recrudescence des activités illégales (dont la chasse illégale qui prospère aussi ces derniers mois) dans le parc, il est à noter que même avant le départ des Suisses, ces derniers dénonçaient souvent des pressions subies de la part des « officiels » togolais. « Dans l’ensemble du Togo, et également dans le PNFM, une application efficace de la loi fait défaut. En particulier, des pressions politiques importantes sont exercées sur le gestionnaire du parc, dans l’optique de permettre l’exploitation de certaines ressources naturelles présentes dans la réserve par les populations riveraines », renseigne un rapport de la Fondation sur le bilan global de ses 25 ans d’activités au Togo.

Buffles et éléphant au Parc National Fazao-Malfakassa, Togo; le dernier grand parc du pays qui est actuellement en péril à de l'exploitation illégale des espèces animales et végétales | Photos : L'Alternatives et La Fondation Frank Webber
Buffles et éléphant au Parc National Fazao-Malfakassa, Togo; le dernier grand parc du pays qui est actuellement en péril à de l’exploitation illégale des espèces animales et végétales | Photos : L’Alternatives et La Fondation Frank Webber

« La Direction de la FFW à Sokodé a été sujette à de nombreux appels anonymes lors des derniers mois de gestion, cherchant généralement à obtenir des informations quant à la position des dirigeants du parc.Enfin, certaines intimidations ont été faites par des officiels mêlés au business de l’exploitation illégale de bois, qui ont appelé le directeur du parc pour le menacer et l’insulter fortement suite à des arrestations liées à ce type de trafic », nous confie une source au siège de la Fondation en Suisse.

« Il est arrivé que des autorités demandent à entrer dans le parc pour aller y chasser. Par exemple en janvier 2015, lorsqu’il a été su que des lions étaient allés jusqu’au niveau des limites du parc et s’étaient plusieurs fois attaqués à des bœufs, une autorité militaire avec son équipe a tenté par tous les moyens d’entrer au niveau du secteur nord du PNFM munie d’armements. Mais la Direction de la FFW a toujours refusé toute intrusion de ce genre dans le parc », poursuit notre source qui citera même l’implication d’un préfet à la réputation sulfureuse au sein de sa préfecture (située pourtant loin du parc) et qui est connu pour des chasses illégales dont il utilise les produits pour alimenter son réseau d’amis et de protecteurs à Lomé.

Aujourd’hui les «officiels », autrefois obligés d’user d’intimidations, n’auraient plus besoin d’une quelconque autorisation pour rentrer chasser par exemple dans le Parc National Fazao-Malfakassa. Avec un contrôle quasi inexistant sur le domaine, on pourrait y passer plusieurs jours, tuer de gros gibiers à taille d’éléphant et sortir sans attirer l’attention d’un quelconque garde ou en glissant quelques billets à des gardes qui, en deux mois d’activités, n’ont perçu que 15.000 francs de rémunération.

Les populations riveraines, elles, ont ré-aiguisé leur appétit. Après 25 ans de privation imposée à elles, souvent avec brutalité, elles n’attendaient que le départ de la Fondation pour que commence la fête. Elle a bien lieu. La Fondation, a échoué à obtenir l’adhésion totale des populations riveraines pour la préservation de l’aire protégée. « Une partie de la population demeure hostile à l’égard de la conservation du parc, et ce en particulier à Fazao », reconnaît FFW dans son rapport-bilan. Aujourd’hui, on le voit bien, tout reste à refaire.

Réaction du gouvernement
Le ministre de l'Environnement, André Johnson | Photo : RT
Le ministre de l’Environnement, André Johnson | Photo : RT

Interrogé par « L’Alternative » sur la situation qui prévaut dans le parc, le ministre de l’Environnement et des Ressources Forestières, André Johnson, n’a ni confirmé ni infirmé la véracité des accusations.

« Afin de faciliter la prestation en matière de surveillance, une formation en lutte contre le braconnage a été faite à l’attention des agents forestiers. Aussi, cinq réunions de sensibilisation ont elles été initiées à l’endroit des populations riveraines du parc afin de les informer des mesures prises par le Gouvernement pour assurer la conservation de ce patrimoine », déclare, sobrement, le ministre.

« L’objectif premier de cette missions est d’assurer la préservation de la faune et de la flore du Parc National Fazao-Malfakassa pendant la période transitoire jusqu’à la nouvelle concession en amenant les populations à s’impliquer davantage pour sa conservation», ajoute-t-il.

En termes de perspectives, il annonce :

  • « le renforcement de l’effectif trop faible du personnel forestier »,
  • « la promotion de la bonne gouvernance des aires protégées »,
  • « l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme de sensibilisation et d’information de proximité »,
  • « la reprise des éco-gardes de la Fondation Franz Weber » pour eviter que ceux-ci ne « constituent une menace pour le parc ».

Et voici comment se présente le bilan de la gestion du parc après le départ de la Fondation. Selon le ministre qui ne cache pas sa préoccupation : «25 tronçonneuses et 1017 madriers de faux-teck ont été saisis, 17 braconniers et 10 bouviers peulhs arrêtés, 13 fusils de chasse, 03 pièges et 01 camion saisis ».

Source : [26/02/2016] Maxime Domegni, L’ALTERNATIVE – No. 501