Le massacre
Massacre d'espèces animales et végétales dans le Parc National Fazao-Malfakassa, Togo | Photos : L'Alternative
Massacre d’espèces animales et végétales dans le Parc National Fazao-Malfakassa, Togo | Photos : L’Alternative

« Lors des derniers mois de gestion du Parc National Fazao-Malfakassa ( PNFM ), la FFW a remarqué une forte recrudescence des cas d’exploitation illégale de pterocarpus, et la situation ainsi que certaines observations portent à croire que ces exploitations sont cautionnées par certains agents du MERF », se préoccupe M. Ouro-Bangna. Ses inquiétudes corroborent celles exprimées déjà en décembre par Franz Weber dans un rapport sur la situation dans lequel les accusations sont directes et précises :

« Depuis ces 7 derniers mois, le Ministère de l’Environnement et des Ressources Forestières (MERF), qui a repris une partie de la gestion du PNFM, (…) ne se préoccupe en rien des questions liées au suivi de la faune et de la flore du parc, ou encore des problématiques d’orpaillage, de braconnage, ou d’autres activités illégales dans le PNFM. Par ailleurs, tout laisse à croire que les exploitants de bois, aidés par certains acteurs du MERF, se sont engagés dans une course contre la montre pour couper le maximum de bois dans le parc dans les plus brefs délais ».

Le rapport cite plusieurs cas flagrants de complicités entre les délinquants et les agents du ministère pour l’exploitation illégale des ressources de l’aire protégée.

« Une mission organisée par la direction de la FFW le samedi 5 décembre pour aller arrêter des exploitants de bois dans le parc: arrivés sur place, les éléments de la Fondation avaient été devancés par une mission express des agents du MERF. Ceux-ci ont procédé à l’arrestation des scieurs et à la saisie du camion rempli de bois et les ont déposés à la Direction Préfectorale de l’Environnement de Sotouboua. Trois jours après, ils ont été relâchés et ont pu reprendre la route en direction de Lomé. Tout laisse à croire que des négociations ont eu lieu, suivies de transactions financières », révèle le document.

« Le 14 août 2015, les éco-gardes de la FFW sont partis en mission pour un cas d’exploitation dans le secteur de Kalaré. Avant même leur arrivée sur le terrain, un des agents de l’Etat déployé dans le même secteur était déjà allé marquer «Saisie» sur les produits de cette exploitation, de manière à détourner l’attention des éco-gardes de la FFW. La curiosité de ces derniers les a amenés à poursuivre leurs investigations, ce qui leur a permis de découvrir un camion rempli de madriers. Le lieutenant GBEMOU a par la suite été informé et s’est présenté sur place pour les mesures qui s’imposent, étant donné qu’actuellement, la FFW est pratiquement démise de ses pouvoirs. Il faut souligner que les produits saisis ont tout de même été vendus (Ndlr, le 12 octobre) par le MERF à un exploitant de bois bien connu dans la Région Centrale dénommé REDAH, qui avait lui-même ordonné ces coupes de bois. La vente du bois s’est faite à un prix dérisoire », révèle encore le rapport.

« Depuis le 11 novembre 2015, un poste de contrôle du MERF a été mis en place dans le village de Komsadè sur une des routes principales menant à l’entrée du PNFM. Au vu de l’attitude des agents du MERF qui y sont postés, tout porte à croire que ces derniers n’ont pour unique rôle que d’informer leur hiérarchie ou des exploitants illégaux de bois de la présence ou de l’arrivée des gardes de la FFW dans le secteur. Des échanges avec certains informateurs et les agissements des agents de ce poste tendent à confirmer ces soupçons. Leur rôle devrait pourtant être à l’inverse de contrôler de potentiels mouvements liés à un quelconque trafic illicite.

On peut encore souligner les suites d’une arrestation de 4 exploitants de bois au sein du PNFM le 14 novembre 2015, par les éco-gardes de la FFW. Il s’agissait de la troisième fois que ces délinquants étaient arrêtés sur le même lieu de délit. Ceci montre que le poste de contrôle des agents de l’Etat avait alors procédé à leur libération contre compensation financière non officielle. Suite à cette arrestation, les 4 délinquants ont été envoyés en prison. Dès lors, la DRERF-C a mis tout en œuvre pour récupérer cette affaire en contactant le Procureur de la République, tout en portant plainte (avec des informations erronées) contre ces délinquants, alors qu’ils n’étaient pas les auteurs de l’arrestation. Tout porte à croire que l’objectif était encore une fois de procéder à une transaction financière non officielle.

Ensuite, le 24 novembre 2015, au cours d’une mission d’arrestation d’exploitants illégaux de bois dans le parc, les éco-gardes de la FFW ont pu observer la présence de 2 agents de l’Etat 4 déjà sur place. Ces derniers n’avaient manifestement aucunement l’intention d’arrêter les délinquants, mais plutôt de couvrir leurs arrières, en simulant de les escorter », lit-on dans le document qui fournit des détails sur des cas très précis.

Le même document se pose des questions sur le rôle de l’actuel conservateur dans la situation actuelle. « D’après des informateurs de Sokodé, le conservateur nommé par le MERF, le Lieutenant Gbemou, et des agents de l’Etat ont plusieurs fois été entrevus dans un commerce appartenant à un exploitant de bois bien connu de la région, du nom de Nouridine Landozz, dans la ville à Sokodé. Le même Lieutenant a plusieurs fois été aperçu par les éco-gardes de la FFW au bar La Plage à Adjengré en compagnie de M. Redah. Ce dernier a plusieurs fois été aperçu cachant sa plaque d’immatriculation ou bien se déplaçant à moto dans le secteur d’Adjengré, de manière, sans doute, à ne pas être reconnu », lit-on. L’accusé s’en défend.